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VESTIGES 1914 1918 |
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Article de l’Almanach du combattant 1924 |
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Vestiges et Souvenirs de Guerre --------------- C'est un devoir
pour les anciens combattants
de veiller attentivement à la sauvegarde
des vestiges et souvenirs de guerre.
Plus le temps passe, plus on
s'éloigne des jours terribles, et
plus ceux qui, pour des raisons diverses,
tiennent à ce qu'on oublie ces
jours, s'efforcent à. en
dissimuler les traces. Le Parlement et le Gouvernement ont compris
l'impérieuse nécessité où ils étaient de
faire l'effort nécessaire afin de
sauver les souvenirs encore
existants de la grande guerre. Un
certain nombre d'incidents pénibles
avaient prouvé il y a deux ans
environ qu'il était grand temps d'aviser.
De véritables bandes de pillards
exploitaient systématiquement les
champs de bataille. Par suite du défaut
de surveillance, elles ramassaient
les matériaux abandonnés, câbles
télégraphiques ou téléphoniques, douilles
à obus, tôles ondulées, charpentes,
vieux affûts de canons, fils de fer
barbelés. Elles en chargeaient des
camions automobiles, ramenaient à
Paris leur butin et le vendaient à des
fondeurs ou à des brocanteurs. Si les uns volaient, les autres profanaient. On n'a pas oublié l'odieux spectacle donné
par ces individus qui osèrent sabler le
champagne et danser au sommet de
l'Hartmannswillerkopf. C'est en 1917 que fut institué, pour la première fois auprès de l’administration des Beaux-arts, une « Commission des vestiges et souvenirs de
guerre », composée de représentants des ministères de la Guerre, des Beaux-Arts, des Travaux publics et des Régions libérées pour examiner les conditions de classement et de conservation des vestiges de guerre. Cette commission fit procéder en juin 1917, par deux délégués, à une première reconnaissance des organisations situées dans les régions de l'Oise et de la Somme qui venaient d'être évacuées. Les rapports présentés par les délégués à la suite de leurs reconnaissances furent examinés par la Commission qui estima que beaucoup de vestiges ne pouvaient, malgré leur intérêt au point
de vue éducatif et historique, être
conservés. « Ce serait en
effet, concluait-elle, empêcher la
reconstruction des villages et des
grandes fermes sur leur emplacement
primitif, ce serait priver l'agriculture de vastes terrains fertiles. En outre, l'acquisition de ces villages ou terrains coûterait très cher
et l'entretien en état des organisations existantes grèverait lourdement
le budget annuel des monuments
historiques, la plupart de ces
organisations étant constituées par
des matériaux périssables. » La commission décida en conséquence de
ne proposer que le classement d'un petit nombre
d'organisations d'ensemble particulièrement typiques, et, pour les autres, d'en perpétuer le souvenir par une simple documentation graphique et photographique aussi complète que possible. L'administration
des Beaux-Arts commença
aussitôt à réunir cette
documentation. Après la victoire et l'armistice, on fit un effort
sérieux pour achever le classement des souvenirs de guerre
et assurer les mesures de protection provisoire. Des circulaires précises furent envoyées aux préfets par l'administration et à la fin de 1921, un projet de loi dont je fus le rapporteur fut voté par la Chambre. En principe, ce texte applique aux vestiges de guerre les prescriptions de la loi du 31 décembre 1913 sur les monuments historiques sous réserve de certaines dispositions complémentaires « en raison de la nature spéciale des souvenirs à conserver. » La loi de 1913 par exemple n'admettait pas le
classement temporaire. Au contraire, l'article 5 du projet de loi voté par la chambre permet le classement pour une durée limitée, sous réserve d'une indemnité allouée au propriétaire, de certains vestiges de lieux de combat, tels qu'entonnoirs de mines, sapes, tranchées, etc., qui se dégradent rapidement depuis qu'ils ne sont plus entretenus. Mieux, on a décidé de classer non seulement les vestiges, mais encore les chemins permettant d'y accéder. J'ai établi une liste aussi complète que possible des vestiges de guerre à classer et l'ai annexée à mon rapport. Je ne veux signaler ici que les points les plus typiques : la butte de Warlemont, le
Labyrinthe (Neuville-Saint-Vaast) dans le Pas-de-Calais, le ravin de Maurepas, le château et le parc de Tilloloy, le château de Thiepval, dans la Somme ; le Plémon et le Plessier de Roye, dans l'Oise ; la cote 108, près de Berry-au-Bac, la cote 204, près de Château-Thierry,
le plateau de Laffaux,
Coucy-le-Château, dans l'Aisne ; la région des Monts de Champagne, dans la Marne ; la tranchée de Calonne, la butte
de Vauquois, la crête des Eparges, le plateau Sainte-Anne, près de Clermont en Argonne, les forts de Verdun, Cumières et la côte de l'Oie,
le Mort-Homme, le bois d'Ailly,
Apremont (village et forêt), Montfaucon, dans la Meuse ; le
Bois-le-Prêtre (Quart en réserve,
la Fontaine et la maison du Père Hilarion), le Xon et le plateau de Vittonville, le bois de Mort-Mare, le bivouac des Fonds de Vaux, près de Limey, dans la Meurthe-et-Moselle
; la Montagne et la Roche d'Ormont,
l'ouvrage du Mont-Pelé (forêt de
Senones), dans les Vosges ; l'Hartmannswillerkopf, en Alsace. Ces vestiges, grâce à la loi nouvelle, seront sauvegardés.. Mais que les combattants n'oublient jamais que leur devoir strict est de défendre de toutes leurs forces contre toute atteinte ces lieux sacrés où
tombèrent leurs frères d'armes. André FRIBOURG. |